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  Le Valais et ses fortifications [17]

"On ne défend bien que ce que l'on connaît"

Commandant de corps Luc Fellay
Commandant des Forces Terrestres

Certaines régions sont prédestinées à la fortification, d'autres moins, voire pas du tout. De fait, cela dépend d'abord de la nature du terrain, puis de la situation géographique et stratégique sur l'échiquier du moment. Un défilé, une cluse, un passage obligé appellent le renforcement de l'obstacle naturel. Il suffit de parcourir la vallée du Rhône pour constater que ces points forts sont presque toujours contrôlés par une tour, un château ou un élément de défense, et cela depuis très longtemps.

Bien avant les Romains déjà, le col du Grand Saint-Bernard et le défilé de Saint-Maurice servent de passage principal à travers les Alpes. Riveraine d'une artère maîtresse de l'Empire romain, Agaune voyait fréquemment passer les légionnaires. Un de leurs chefs, Maurice, substituera un jour son nom au vieux vocable celtique de la cité. Dès le Haut Moyen Age, toute la vallée se couvrit, en ses points stratégiques, de châteaux dominant les passages obligés. La défense de l'axe du Valais est un cas d'école, si l'on songe au Château de Chillon, à la Porte du Scex, au château d'Aigle, à ceux de Saint-Triphon et de Saint-Maurice, à la tour de la Bâtiaz, aux tours de Saillon et Saxon ou aux deux puissantes collines fortifiées de Sion, Valère et Tourbillon. A chaque fois, l'ouvrage concrétise un acte opératif:

canaliser les forces d'un adversaire potentiel, contrôler l'axe, le barrer au besoin ou fixer les limites du mouvement. Très tôt donc on recourt à la fortification dans la vallée du Rhône comme moyen de défense et comme complément à un terrain déjà naturellement fort.

Avec la naissance de l'Etat fédéral, une politique de construction d'ouvrages fortifiés, liée à une véritable volonté de défense, se concrétise au XIXe siècle, sous la férule de Guillaume-Henri Dufour. Avec l'ouverture des cols alpins (Simplon en 1805/1807, San Bernardino en 1818/1823, Saint-Gothard en 1830), la vocation d'une Suisse comme " pays de transit " se dessine et se confirme avec le creusement des tunnels ferroviaires du Saint-Gothard en 1882, du Simplon en 1906 et du Lötschberg en 1913. L'importance stratégique croissante d'un pays qui possède de tels passages l'oblige à faire un effort de défense correspondant s'il entend en rester maître, d'autant plus que les convoitises des voisins s'accentuent. La nouvelle Confédération suisse a immédiatement le souci d'assurer la sécurité du territoire, mais, ruinée par les guerres dont elle avait été le théâtre, en pleine réorganisation politique et administrative, elle ne pouvait faire beaucoup. Les autorités décident très tôt de fortifier le défilé de Saint-Maurice, et cela bien avant que de prendre en considération d'autres points du territoire. Ce n'est que plus tard, avec l'ouverture du tunnel ferroviaire, que la défense fortifiée du Saint-Gothard est envisagée et considérée comme plus importante que celle du Bas-Valais. On comprend donc qu'en 1830, Guillaume-Henri Dufour, colonel et chef de l'état-major du général Guiguer de Prangins, agit avec la plus grande énergie et célérité lorsque les autorités fédérales, devant les tensions grandissantes causées par l'opposition des mouvements révolutionnaires en France, en Italie et en Allemagne, jugent nécessaire de prendre les mesures adéquates pour renforcer la défense du territoire et faire respecter la neutralité et l'inviolabilité du sol national. C'est le début des fortifications modernes en Valais, au défilé de Saint-Maurice et dans la gorge de Gondo !

Plus tard, en 1891, c'est à nouveau sous la pression d'événements politiques jugés graves que le Département militaire fédéral charge le Chef d'arme du Génie d'établir un programme pour le renforcement de la défense du défilé de Saint-Maurice. Le rapport est déposé en août déjà, mais pendant une année se déroule un échange de rapports, contre-rapports et expertises afin de savoir où fortifier, à Saint-Maurice ou à Martigny ? Finalement, la solution de Saint-Maurice est retenue. Les premières démarches commencent concernant l'achat de l'hôtel de Dailly, des terrains au-dessus de Dailly (l'Aiguille) ainsi que du plateau de Savatan. Avec les progrès de l'artillerie, c'est à partir de ces deux emplacements que sera conçue la défense du défilé et de ses environs. Les travaux sont menés avec une diligence exemplaire, de sorte qu'à fin 1894, l'ensemble des fortifications de la première étape est remis à la jeune Garnison de Saint-Maurice. Durant cette même année se pose également la question de l'urgence ou non de construire un fort d'arrêt à Brigue, en face du portail nord du futur tunnel ferroviaire. On y renonce pour des raisons de coûts, mais des installations de minage et des portes de fermeture sont en place pour la fin des travaux en 1906. A Gondo, sur le versant sud du Simplon, les installations d'infanterie du XIXe siècle sont complétées et renforcées. L'effort est considérable !

La mobilisation générale de 1914 à 1918 donna aux fortifications un développement considérable. Ce fut l'époque de l'organisation et de l'armement des défenses extérieures, notamment avec le nouvel ouvrage de flanquement de la Galerie du Scex. De plus, les points faibles d'un défilé se trouvant sur les hauteurs, leur contrôle est impératif. On porta donc une attention particulière à leur maîtrise par l'aménagement d'abris et de positions d'armes en haute montagne. Jusqu'en 1920, diverses améliorations renforcent la position de Saint-Maurice:

construction de casernes souterraines tenant compte des expériences de Verdun, pose d'installations électriques avec centrale souterraine et autonome, construction de baraques et d'infirmeries pour les périodes d'instruction. Par la suite et jusqu'en 1934, les fortifications subirent toutes les conséquences de l'esprit pacifiste qui s'étendit alors à tout le pays : suppression de nombreuses pièces d'artillerie et perte de capacités par l'absence de crédit de construction. Les budgets suffisent à peine à entretenir les installations existantes !

Dès le début des années 1930, sous la pression d'événements politiques, il faut en grande hâte rattraper les années perdues, ce qui exige un effort particulier décidé par le Conseil fédéral. Il faut noter qu'à la même époque nos voisins français construisent la fameuse Ligne Maginot. Objet de violentes contestations après la guerre, bouc émissaire de la défaite de 1940, ce système fortifié était malheureusement devenu dans l'opinion publique d'avant-guerre une sorte de muraille de Chine mythique, capable de tous les miracles, au lieu d'être ce qu'a toujours été la fortification, à savoir le complément d'un système de défense actif. Le 12 juillet 1940, pratiquement 3 semaines après l'armistice entre la France et son adversaire, le général Guisan prend l'initiative. Il donne l'ordre de tenir, en se basant sur un Réduit ancré sur les trois bastions que sont Sargans, Saint-Gothard et Saint-Maurice. L'effort, fourni jusqu'en 1950, est considérable. Non seulement de nouveaux grands forts sont construits, avant tout comme appui d'artillerie des troupes du secteur, mais aussi pour donner une vraie profondeur à tout le dispositif.

La fortification de Saint-Maurice commence à Chillon et se termine près de la frontière, au col du Grand Saint-Bernard. De plus, on fortifie le débouché du Simplon à Brigue. Cet effort considérable a été possible grâce à la volonté affichée d'une défense solide et cohérente s'appuyant sur une forte densité d'ouvrages fortifiés, un réseau très dense de destructions préparées. L'adversaire potentiel a-t-il jugé le prix d'entrée trop élevé ? La dissuasion a-t-elle joué et la fortification sort-elle grandie de l'épreuve? Il faut souligner que les lourds sacrifices consentis à partir de 1936 ont marqué notre population. A côté de leur valeur purement matérielle, nos fortifications ont été le symbole de notre volonté de défense dans des temps difficiles et aussi l'expression de notre neutralité concrétisée militairement par le Réduit.

L'après-guerre est marqué par l'arrivée du feu nucléaire sur le champ de bataille, ce qui signifie la fin de la construction de grands ouvrages fortifiés vulnérables car offrant une trop grande concentration. La nécessité de décentralisation amène la fermeture de grands complexes, ceci malgré le développement de nouvelles sources de feu tout à fait remarquables comme les canons automatiques en tourelle de calibre 15 cm de Dailly. L'évolution technologique et la fluidité du combat moderne par l'utilisation conséquente de la troisième dimension impliquent une révision complète de notre système de fortification. Les derniers corps de troupe héritiers de la garnison (rgt fort 19 dans le Bas-Valais et Fest Abt 26 dans le Haut-Valais) sont dissous à fin 1994 entraînant la liquidation de nombreux forts d'infanterie et d'artillerie. L'évolution de la menace, suite à la chute du Mur de Berlin et à la fin de la guerre froide, contraint l'Etat-major général à modifier les structures de l'outil de défense et à mettre en place l'Armée 95. Les troupes de forteresse quittent les gros ouvrages sous rocher pour prendre en charge l'ensemble des installations de renforcement permanent du terrain ;

celles-ci sont plus modernes, mais également plus réparties sur de grands secteurs. Les rassemblements de militaires en début de cours de repétition à Aigle, Saint-Maurice, Martigny, Orsières ou Brigue appartiennent donc au passé. Grâce aux possibilités de tir et à la mise à disposition d'une infrastructure d'instruction optimale, les places d'armes de Sion et de Saint-Maurice resteront encore fréquentées par les derniers militaires affectés aux troupes de forteresse jusqu'à fin 2003. Et après ?

Bien que la mise en place du Plan directeur de l'Armée XXI ne soit pas encore définitive, tout porte à croire que les principes de la modularité et de la flexibilité maximale dans l'emploi des formations, conjugués avec une mobilité toujours plus grande, signent la fin des troupes de forteresse. Même si quelques fortins modernes et quelques ouvrages minés persistent, l'attribution de troupe ne se fera qu'en fonction des besoins. Une page de l'histoire militaire du Valais va donc se tourner.

Les ouvrages sont désormais désaffectés, endormis, abandonnés. Devront-ils être réveillés un jour ? Personne ne le souhaite vraiment. Mais l'histoire est capricieuse, et s'il fallait un jour à nouveau fortifier le pays, c'est certainement en Valais qu'il faudrait agir, dans un terrain si naturellement fort qu'il se prête logiquement à être renforcé !

Publié avec l'autorisation de l'auteur 8.4.2004

          
  
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