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[c33]           

  La cité fortifiée de Carcassonne

A la fin du IIe siècle av. J.-C., l'agglomération désignée alors sous le nom de Carcaso est intégrée à la colonie de la Narbonnaise dont la fondation, en 118, constitue le premier jalon de la conquête romaine sur le sud de la Gaule. Ce petit centre administratif et commercial placé sur la voie d'Aquitaine devint dans le dernier quart du Ier siècle avant notre ère le chef lieu de la colonie Julia Carcaso dont l'emprise occupe la partie occidentale du bassin audois. Les recherches archéologiques ont permis de préciser la morphologie de ce centre urbain dont la superficie est étendue au pourtour de la butte grâce à l'aménagement de puissants remblais, et au delà vers le nord, le long de la route menant à Narbonne. Les vestiges de murs en blocs de grès, de parois recouvertes d'enduits et de sols ornés de mosaïques aux décors géométriques situent l'emprise de bâtiments antiques dont les orientations pourraient suggérer une trame urbaine orthogonale, propre à l'urbanisme romain.

En revanche, aucun édifice public n'a pu être découvert à ce jour. Devant l'insécurité des invasions de la deuxième moitié du IIIe siècle, la ville est resserrée sur sa butte que l'on dote sur plus de 1200 m d'un puissant mur d'enceinte armé de tours semi-circulaires et de poternes.

Après la dislocation de l'Empire romain, Carcaso, devenue Carcasona, est placée sous la domination des Wisigoths dont le royaume s'étend à l'Espagne et à la Gaule du sud et de l'ouest. Après la victoire des Francs sur Alaric II à Vouillé en 507, les Wisigoths conservent la péninsule ibérique et la Septimanie (l'actuel Bas-Languedoc) sur la bordure nord de laquelle Carcasona demeure l'une des villes frontière. La ville devient au cours du VIe siècle, avec Agde et Maguelone, le siège d'un évêché que concrétise l'édification d'une cathédrale wisigothique dont l'emplacement n'est pas déterminé. Au VIIIe siècle, la conquête arabe triomphe des Wisigoths, mais dès 759 la ville est conquise par le roi des Francs, Pépin le Bref, qui s'impose alors dans toute la Septimanie. À ces événements se rattache la légende de Dame Carcas. L'administration du nouvel empire est placée sous l'autorité comtale installant à la tête du comté de Carcassonne des familles de lignages anciens : la dynastie des Oliba jusqu'au Xe siècle relayée par les Comminges-Couserans au XIe siècle.

Les possessions des Couserans s'étendent à partir du XIe siècle aux vicomtés de Nîmes et d'Albi avec l'alliance d'Ermengarde et de Raimond Bernard Trencavel. Leur fils, Bernard Aton, est ainsi à la tête d'une vaste principauté englobant les régions de Carcassonne, Béziers, Limoux, Agde, Albi et Nîmes. Son règne constitue, de 1074 à 1129, une étape majeure dans la morphologie de la cité; le château Narbonnais, que la tradition situe sur l'emplacement des tours du même nom, est délaissé au profit d'une nouvelle résidence, le palatium, que l'on implante vers 1120 contre les fortifications antiques du front occidental. Ce chantier succède de peu à la construction de la cathédrale dédiée à saint Nazaire et à saint Celse. La ville, sans doute déjà étendue extra-muros autour de l'An Mil aux faubourgs Saint-Vincent et Saint-Michel, est administrée dès 1192 par un consulat composé de notables et de bourgeois mais ne reçoit une charte de coutume qu'entre 1209 et 1229. urant vingt longues années, la guerre menée contre les hérétiques va éprouver et laminer profondément le Midi de la France. À la suite de l'assassinat du légat pontifical, Pierre de Castelnau, le 14 janvier 1208, Innocent III lance la croisade contre les Albigeois. En 1209, les seigneurs venus du Nord conduits par Simon de Montfort se lèvent contre le comte de Toulouse, Raimond VI, et ses vassaux dont le puissant vicomte Trencavel afin de libérer le pays de ce qu'ils nomment " l'hérésie cathare". Après la soumission de Raimond VI, les croisés prennent en juillet 1209 la ville de Béziers poussant Raimond Roger Trencavel à se replier dans sa forteresse carcassonnaise. Le vicomte capitule après quatorze jours de siège et doit abandonner, sur décision pontificale, l'ensemble de ses possessions à Simon de Montfort. Devant les revirements du comte de Toulouse et à l'issue de la bataille de Muret en 1213, Simon élargit son autorité au comté de Toulouse. Après sa mort, son fils Amaury, peu armé pour s'imposer sur ces terres hostiles, cède ses droits au roi de France, en 1224. Raimond VII profite de l'occasion pour prendre la cité et la remettre à Raimond Trencavel II. Louis VIII répond en lançant une expédition militaire et la ville se soumet sans combattre en juillet 1226. La vicomté est définitivement annexée à la couronne de France qui instaure à Carcassonne une sénéchaussée. La croisade s'achève le 12 avril 1229 par le traité de Meaux-Paris par lequel Raimond VII convient du mariage de sa fille unique, Jeanne, avec le frère du roi, Alphonse de Poitiers, à qui reviendra ainsi l'ensemble de ses possessions. Avec le soutien de la noblesse locale et la complicité des habitants des faubourgs Saint-Michel et Saint-Vincent, Raimond Trencavel II, déchu de l'héritage paternel, assiège la forteresse. Le 17 septembre 1240, l'offensive est lancée, déployant durant 25 jours grand renfort de mines et de balistes. La défense active du sénéchal Guillaume des Ormes soutenu par les troupes de Louis IX repousse Trencavel dans ses retranchements le 12 octobre. Il est contraint à renoncer à ses droits en 1246 ; un an après, il brise son sceau en signe de soumission devant Louis IX qui autorise la création de la bastide sur la rive de l'Aude. Comme l'annonçait le traité de Paris en 1229, Alphonse de Poitiers hérite du comté de Toulouse à la mort de Raymond VII. Le jeune frère du roi et sa femme Jeanne meurent sans héritier en 1271 ; le comté de Toulouse devient possession du roi qui rattache ainsi définitivement le Midi au domaine capétien.

Les événements issus de la lutte qui opposa les vicomtes Trencavel au pouvoir capétien sont à l'origine de chantiers de reconstruction majeurs de la cité de Carcassonne. Ceux-ci ont profondément modifié la physionomie de la forteresse en imprimant sur ses éléments défensifs, son château et sa cathédrale, la marque des ingénieurs et des artistes d'Île-de-France. Les premiers travaux sont réalisés à la suite de la création de la sénéchaussée royale (1226) et sont interrompus lors du siège de la cité en 1240 ; le château est doté d'une fortification. On entame la construction d'une deuxième ligne de défense destinée à doubler l'enceinte antique. Armée de 16 tours et de barbacanes dont la barbacane d'Aude, elle s'étend sur plus de 1 500 m. Les lices constituent dès lors un espace libre et découvert entre les deux remparts, conçu pour parfaire la défense. A l'occasion de ces travaux et pour adapter la forteresse aux nouvelles techniques de l'artillerie, des tronçons du rempart antique sont rénovés, exhaussés et crénelés ; meurtrières et archères sont alors aménagées dans le cadre des baies gallo-romaines qui avaient été obturées. A l'issue du siège de la cité par Raimond Trencavel II, qui laisse les faubourgs ruinés et les fortifications de la cité profondément altérées, on répare dès 1242 plusieurs tronçons de l'enceinte extérieure et la barbacane d'Aude qui constitue un poste avancé sur le flanc occidental de la cité. Les faubourgs Saint-Vincent et Saint-Michel implantés sur les côtés nord-est et sud-est de la cité sont détruits afin d'empêcher des éventuels soulèvements de leurs habitants. L'édification de la tour de la Peyre et de la tour de la Vade (dont l'achèvement est attesté en 1245) vient assurer la défense de la cité sur son front sud-est. Le château qui reçoit une garnison permanente est agrandi : les corps de bâtiment romans gagnent un étage et sont complétés au sud par une nouvelle construction abritant une salle d'apparat. a troisième grande phase de travaux est entreprise à partir des dernières années du règne de Philippe III le Hardi (1270-1285) jusqu'au début du règne de son fils, Philippe le Bel (1285-1314), afin de moderniser une forteresse devenue emblématique du pouvoir royal à la frontière franco-aragonaise. L'enceinte intérieure antique, préalablement restaurée entre 1226 et 1239, bénéficie d'une reconstruction majeure mettant en œuvre l'art des ingénieurs royaux. Les nouvelles maçonneries sont réalisées en appareil à bossages dont les reliefs contrastent avec les parements antiques. L'angle sud-ouest et la partie comprise entre la porte Narbonnaise et la courtine confrontant la tour du Moulin du Connétable sont reconstruits. En revanche, sur les fronts sud et nord, le choix est de préserver la fortification antique dont il faut cependant rénover quelques parements et des parties en sous-œuvre. Au nord-est, on abandonne sur un tronçon seulement le tracé antique pour élever la courtine qui relie les tours du Trésau et du Moulin du Connétable. La ligne de défense est complétée de tours circulaires, à l'exception des tours Saint-Nazaire et de l'Evêque construites sur un plan carré. Grand nombre d'entre elles sont rebâties sur les bases de tours antiques. La tour du Trésau et la porte Narbonnaise sont érigées sur le front est, et constituent de remarquables exemples de l'architecture gothique qui allie ici l'ingéniosité militaire au confort et à la richesse des décors.

Après la soumission de Raymond Trencavel II, Louis IX (le futur Saint Louis) accorde aux habitants des anciens faubourgs détruits le droit de s'établir sur la rive droite de l'Aude au pied de la cité. Rapidement cependant, le lieu s'avère inapproprié et le sénéchal décide d'établir une bastide sur la rive opposée. Fondée en 1248, la ville est constituée selon un plan orthogonal de 1000 m de côté enclos de murs. La place où se tiennent foires et marchés en forme le centre social et économique tandis que les églises Saint-Michel et Saint-Vincent forment le cœur spirituel de deux paroisses. La ville prospère - elle devient l'un des plus importants centres drapiers du Languedoc - favorise l'installation des ordres mendiants, Cordeliers, Jacobins, Carmes et Ermites Augustins qui se fixent hors les murs. La peste, la famine et la guerre de Cent ans qui s'installent dans ses murs la coupent au XIVe siècle de ses ambitions. Malgré la résistance des Carcassonnais, le prince de Galles (le Prince Noir) n'a pas de mal en novembre 1355 à la soumettre, l'incendier et la piller. On la reconstruit vite en veillant à élever, sur une superficie néanmoins réduite, un rempart muni de tours circulaires, doublé d'un large fossé. Un pont (le pont Vieux) enjambe dorénavant l'Aude pour relier la Ville Basse et la Ville Haute.

Dans les premières années du XXe siècle, la cité de Carcassonne restaurée par Eugène Viollet-le-Duc a recouvré sa silhouette du XIIIe siècle. Avec plus de 2 000 ans d'histoire, l'ancienne forteresse entame un nouveau destin, livrant dans la première moitié du XXe siècle l'image et le décor d'un Moyen Age idéal et légendaire. Dès 1908, la Cité offre le décor de ses murailles et de ses tours à l'inspiration des cinéastes venus en quête de l'évocation d'un Moyen Age disparu. Reconnue Patrimoine de l'Humanité en 1997, la cité de Carcassonne forme depuis sa " renaissance " au XIXe siècle un lieu privilégié pour la connaissance et l'imaginaire des hommes.

 
 

          
  
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