SITE

Nous travaillons activement pour que le nouveau site internet de FORT LITROZ soit bientôt sur vos écrans. Nous avons encore du travail à faire, mais vous ne serez pas déçu. Un peu de patience....
Chercher  
Association Fort de Litroz
Association Fort de Litroz
www.fortlitroz.ch
www.fortlitroz.ch

   Position de Litroz - Tête Noire
   Position de Châtelard - Giétroz
   Position de Finhaut
   Position de La Forclaz
   Les positions DCA
   Documents historiques
La région fortifiée du Léman au Gd St Bernard
Le secteur central: région St-Maurice
Secteur nord: secteur du Chablais
Secteur sud: secteur du Gd-St-Bernard
Secteur ouest: secteur du val de Trient
Autres forts suisses
Descriptions techniques
Documents historiques
Armes Suisses
Géostratégie
La Suisse en armes
Découverte du mois
   Allemagne
   Autriche
   Belgique
   Danemark
   Espagne
   France
      Ouvrage Maginot de l'Agaisen - Sostel - Alpes maritimes - France
      Ouvrage Maginot de Gordolon (petit ouvrage d’artillerie) - Alpes-Maritimes (France)
      Ouvrage d’artillerie Maginot de Restefond, 2733 m altitude (Alpes de Haute-Provence/Alpes maritimes)
      Le château de Hohlandsbourg (Alsace) - France
      Pegasus Bridge (Normandie)
      Fort d’Uxegney – Vosges - France
      Ouvrage du Fort Séré de Rivière Gondran C (Briançon)
      Pont métallique américain sur la Meuse à Vacherauville
      Monumentaux morts "Les Veilleurs de la Paix" – Haudinville (Meuse)
      Poste de commandement du Kronprinz Rupprecht de Bavière près de Varennes en Argonne
      Monument américain de Montfaucon (Meuse)
      Fort de Douaumont (Bataille de Verdun)
      Ossuaire de Douaumont (Bataille de Verdun)
      Fort de Troyon – Une page d’histoire oubliée - Meuse
      "Dombunker" pour canons de campagne allemands – Mangienne/Meuse
      Les Eparges – Meuse
      Ouvrage CFZ 48 (deuxième ligne de la ligne Maginot) à Azannes (Meuse)
      Char Sherman sur la place de Montfaucon
      Canon de 155 Long modèle 1877 (de Bange)
      Camp allemand de Marguerre (Meuse)
      Montmédy, Musée de la fortification
      Montmédy, l’autre place forte de la Meuse
      Le canon allemand« Max de 380 mm de Duzey (Verdun)
      Monument de Pensylvanie - 1914-1918 – Varennes (France)
      Ouvrage Maginot de Fermont
      Bois des Caures (Verdun)
      Mémorial de Verdun
      Coupole d'Helfaut-Wizernes
      La butte de Vauquois (Meuse)
      Fort de Jouy-sous-les-côtes (Toul)
      Fort du Mont Saint Michel (Toul)
      Ouvrage de la Ferté (Ardennes)
      La batterie de l'Eperon (Toul)
      Barrage rapide de Montgenèvre
      Corps de garde côtier de Roscavel (Bretagne)
      Fort l'Ecluse, Département de l’Ain
      L’escalier à l’épreuve du Fort de l’Ecluse
      Fort du Larmont supérieur
      Fort du Larmont inférieur
      La redoute de Berwick
      Fort des Rousses (Jura)
      Fort Boyard (Charente-Maritime)
      Le Fort de Sainte-Agnès (Alpes Maritimes)
      Château de Pierrefonds (département de l’Oise au nord-est de Paris)
      Oradour-sur-Glane, village martyr
      Fort Libéria - L'extérieur
      Fort Libéria - L'intérieur
      Citadelle de Besançon
      Retranchement du Chauffaud
      Fort Lupin
      Fontaine Lupin
      Souterrains de la montagne du Roule
      Barrière de l’Esseillon
      Fort Liédot
      Fort de la rade à l'Ile d'Aix
      Bastion de Menton
      Le fort d'Ambleteuse
      L'ouvrage des Granges communes
      Batterie des Caurres
      L'abri du col de Restefond
      Fort du Truc
      Platte (blockhaus de la)
      Ouvrage de Roche-la-Croix
      Le château de Collioure II
      Le château de Collioure I
      Citadelle de Mont-Louis
      Forteresse de Salses
      La cité de Carcassonne
      Villefranche-de-Conflent
      Le fort Lagarde
      Le fort de Bellegarde
      Le fort du Sapey
      Tourelle Mougin
      Fort du Barbonnet
      Fort Les Bancs
      Le fort de Pierre Châtel
      Fort Nieulay
      Ouvrage Saint Gobain
      Fort Joubet
      Château-Queyras
      Le fort de Tournoux
      Seyne-les-Alpes
      Redoute de Berwick
      Restefond
      Saint Ours Haut
      Saint Ours Bas
      Col de la Bonnette
      Vallée de la Tinée
      Haute Ubaye
      Ouvrage du Hackenberg
      Ouvrage du Hackenberg dans la tourmente
      Charvonnex
      Citadelle de Bitche
      Four à Chaux
      Fort du Télégraphe
      Les citadelles du vertige
   Grande-Bretagne
   Grèce
   Italie
   Norvège
   Suède
   Turquie
   Suisse
   Marine
   Ils devaient durer 1000 ans...
Plans d'invasion de Hitler
Les armes secrètes de Hitler
5000 ans de fortifications
Activités club Litroz
Litroz jour après jour

Vidéos
Infos touristiques

ALPYFORT


[b4]           

  La citadelle de Bitche dans l'histoire
Une terre traditionnellement déchirée par la guerre

La place de Bitche occupe une position clef qui permet de contrôler et de verrouiller les passages par les Vosges du Nord. Dès le XVIIe siècle, elle joue donc un rôle clef dans la stratégie française. En 1631, la France signe un pacte d'alliance avec la Suède dans le but de prendre la Lorraine en tenaille. Les troupes du roi de Suède dévastent la contrée, mettant à feu et à sang les villages de Kaltenhausen et Rohr sur les ruines desquels naîtra la ville de Bitche. Les Lorrains, pourtant, s'accrochent encore au château médiéval qui domine encore le plateau. Le 18 mai 1634, après une résistance de 10 jours, la garnison, privée d'eau (une grenade venait de boucher le puits) se rend. Bitche est occupé par une troupe royale du maréchal de La Force. La soldatesque de passage se met à tout piller et le comté de Bitche connaît des journées dramatiques. Les rares survivants lorrains se réfugient alors dans les bois, les champs tombent en friche. Impériaux, Croates, Espagnols, Français, Lorrains et surtout Suédois se laissent aller au pillage. Le chroniqueur écrit : " on rencontre ici plus de bêtes fauves que d'hommes ".

En 1641, les Francais quittent Bitche et les Lorrains reviennent. En 1667, le duc Charles IV reçoit confirmation de ses droits sur le comté de Bitche qu'il donnera à son fils naturel, Henri de Vaudémont, pour lequel il espère créer une principauté. La paix sera précaire. Le roi de France prenant ombrage des libéralités ducales, dépêche le maréchal de Créqui qui reprend la place le 14 octobre 1670. Cette fois, les Français s'installent en force. Une fois encore, les villages sont rasés, incendiés, détruits et les habitants qui échappent à la soldatesque meurent de faim et de froid.

Vauban dresse les plans de la citadelle

Le roi de France considère désormais le comté comme terre du royaume, et il fait dresser par Vauban les plans des fortifications du château de Bitche. Deux millions et demi de francs or, somme très considérable pour l'époque, sont affectés aux travaux. L'immense chantier attire une main d'œuvre nombreuse et active qui permet de défricher de nouveaux espaces gagnés sur la forêt.

En 1697, le traité de Ryswick rend le comté de Bitche à la Lorraine. Avant d'évacuer la place, les Français rasent la forteresse et dévastent la contrée. L'année suivante, quelques soldats lorrains s'installent dans les ruines, puis s'éclipsent à nouveau devant le retour des Français engagés cette fois dans la guerre de succession d'Espagne (1710-1714). Les nouveaux quartiers de la ville adossés au fort sont rasés. En 1714, avec la paix de Ramstatt, les Français évacuent à nouveau la place qui est récupérée par les Lorrains. Finalement, en 1737, le duc de Lorraine renonce à ses terre ducales qui deviennent l'apanage du beau-père de Louis XV, Stanislas Leszczynski. Arrive une énième garnison française.

b>Construction de la grande citadelle

Dès 1744, la garnison française remet hâtivement en état quelques défenses, notamment en dressant des palissades et des redoutes afin de barrer la route aux troupes lorraines et autrichiennes qui viennent encore contester la mainmise française.

Dans la stratégie française, Bitche doit verrouiller les passages des Vosges du Nord. Un gigantesque chantier s'ouvre. Le rocher est percé de casemates et de galeries, et se transforme en termitière. Les casernements doivent s'installer sous des mètres de roche afin d'échapper aux effets des bombardements des armes nouvelles. Dès 1741, la première pierre avait été posée au bastion Saint-Jacques. L'année suivante, le bastion Saint-André est achevé, la grande rampe défendue par de lourdes portes ferrées et le pont-levis terminé. Ces travaux engloutissent des sommes énormes. Monsieur de Belle-Isle affecte la moitié des impôts levés en Lorraine à l'entretien des troupes françaises et aux travaux de construction de la citadelle de Bitche !

En décembre 1750, les ouvrages du massif central sont achevés. Les casernements comportent trois niveaux avec 36 chambrées. Les souterrains abritent l'arsenal, la forge, la boulangerie, la boucherie... Les officiers disposent de 34 chambres, la poudrière est bien abritée, les corps de garde veillent aux portes. Pour assurer l'approvisionnement en eau, le puits est foré jusqu'à 75 mètres. Il atteint le niveau des eaux de l'étang qui se trouve au pied de la citadelle. Quatre mille litres par jour pouvaient être pompés dans les réservoirs de la place. Des communications souterraines furent creusées entre les différentes casemates. A chaque extrémité se dresse un formidable bastion : à l'est la " Petite Tête ", à l'ouest la " Grosse Tête ". Les débouchés des vallées sont désormais sous le feu des armes de la citadelle. Puis, les ingénieurs militaires placent en avant de la " Grosse Tête " une redoute surnommée " Queue d'hirondelle ", en raison de la forme que présente cette défense supplémentaire.

En 1754, les travaux sont pratiquement achevés. La forteresse de Bitche trône au cœur de la vallée vers laquelle convergent les nouvelles routes tracées à travers le massif vosgien.

En 1766, à la mort du roi de Pologne et du duc de Lorraine Stanislas, la province est définitivement intégrée au royaume de France.

La citadelle durant les guerres de la révolution

Les guerres de la Révolution relancent l'intérêt stratégique de la forteresse de Bitche. En novembre 1793, Prussiens, Autrichiens et émigrés s'avancent en Alsace, leurs avant-postes pénètrent dans les vallées des Vosges du Nord... Le roi de Prusse avance sur Eschviller-lès-Volmunster où il installe son quartier général le 28 septembre. Le 13 octobre, le prince-héritier de Hohenlohe se porte sur Eguelshardt, attaque les retranchements français. Les troupes de la République plient et reculent. Le colonel von Wartensleben prépare un audacieux coup de main contre la citadelle de Bitche. Dans la nuit du 16 novembre 1793, trois détachements prussiens attaquent silencieusement trois objectifs divers, convergent vers la place. Une colonne de 1600 hommes guidés par Tutelin, un ingénieur militaire qui avait émigré, réussissent à passer la rampe et à pousser jusqu'au corps de garde principal où, pris sous un feu nourri, ils échouent de peu. L'ingénieur, capturé, est fusillé et de nombreux Prussiens sont faits prisonniers ou tués. Le colonel von Wartensleben tombera en disgrâce suite à cet échec.

Entre 1844 et 1852, de puissantes enceintes sont construites autour de la ville de Bitche. Des quatre portes percées dans les murailles, seule subsiste la porte de Strasbourg.

Le terrible siège de 1870 par les Prussiens

Quand éclate le conflit franco-allemand de 1870, Bitche est considéré comme " forteresse de troisième rang ". Depuis 1869, le chemin de fer dessert la ville et la garnison. Dans les plans français, la citadelle doit servir de point d'appui au général Failly. Au lendemain de la bataille de Woerth, le général se replie sur la Petite-Pierre, et c'est le colonel Teyssier qui prend le commandement de la place avec une garnison de 2500 hommes. Le 8 août, les Allemands se sont déjà infiltrés jusque sous les murs de la forteresse qui reçoit les premiers impacts de grenades. Le tir dure environ 3 heures, mais ne cause que des dégâts superficiels. Tous les logements et dépendances sont si bien enterrés sous le grès du rocher qu'ils échappent à ce bombardement.

Puis le calme s'installe. Bitche est désormais assiégé par les troupes allemandes, mais le gros de l'armée est bien plus loin, en marche vers Metz. Le 23 août, les tirs d'artillerie reprennent : c'est le 4ème régiment bavarois d'artillerie qui signale ainsi son arrivée devant la place. A partir du 11 septembre, les tirs se font plus meurtriers, et un déluge de fer et de feu s'abat sur la forteresse, pilonnant impitoyablement les bâtiments dominant le plateau. Trente-six heures plus tard, l'ennemi tire avec des obus incendiaires sur la ville : il cherche à démoraliser les civils, dans l'espoir que ceux-ci fassent pression sur la garnison de la citadelle et l'obligent à se rendre. Bien vite, la situation de la population devient dramatique. Le commandant bavarois refuse pourtant de laisser les civils échapper à cet enfer. Finalement, les deux partis réussissent à s'entendre et les deux tiers de la population peuvent quitter les ruines de la ville en flammes. Le 19 septembre, Bitche ne compte plus que 940 civils alors que 7000 soldats allemands encerclent la place.

Les Français résistent dans les souterrains

Le 20 septembre, les tirs s'espacent : le 21, le silence retombe lentement sur la citadelle de Bitche dont les superstructures sont toutes la proie des flammes. Il ne reste pratiquement rien des bâtiments qui se dressaient jadis sur le plateau, réduits en cendres par les tirs de pilonnage. Mais les casemates souterraines sont intactes et les défenseurs de la petite garnison du général Teyssier s'y sont retranchés, fermement décidés à résister jusqu'à la dernière cartouche ! De guerre lasse, les Allemands déplacent leurs régiments d'artillerie vers d'autres terrains d'opération et l'importance de Bitche est reléguée au second plan des préoccupations des stratèges prussiens. Une sorte d'armistice s'instaure à partir du 10 octobre. Les paysans en profitent pour ravitailler la place et la garnison et faire de bonnes affaires avec les militaires. Les récits les plus étranges décrivent cette période floue qui n'est ni la guerre, ni la paix. Ainsi, deux journalistes allemands qui pensaient faire un " papier " sensationnel, se glissèrent dans la ville. Mal leur en prit. Reconnus, ils furent arrêtés et enfermés au fort pour 4 longs mois de captivité. La poste fonctionne, elle aussi, sporadiquement. Bitche échange ainsi des lettres avec les autres régions où se poursuit la guerre. Le 20 janvier, la garnison tente une sortie surprise ; elle avorte et les hommes engagés dans l'opération se replient en toute hâte.

Une garnison oubliée qui refuse de se rendre !

Le 28 janvier 1871, Paris capitule, l'armistice est signée. C'est la fin du second Empire. Mais Bitche résiste toujours ! Personne, d'ailleurs, ne semble se soucier, dans les textes de l'accord, du sort de la vaillante garnison. Bitche est oubliée par la nation. A Paris, on ne semble même pas connaître son existence ! Lorsque les parlementaires prussiens se présentent devant la place pour informer le colonel Teyssier que la guerre est terminée et qu'il doit livrer la citadelle, celui-ci refuse énergiquement, Bitche n'étant pas mentionné dans les documents du cessez-le-feu qui lui sont soumis. Le commandant en second, M. Mondelli, est envoyé à Bordeaux où siège l'Assemblée nationale, afin d'en savoir plus. Mais de là, les députés l'envoient à Paris où il arrive le 22 février. Au Ministère de la guerre, on ne peut lui remettre le document officiel de l'armistice ; la guerre est finie, la garnison doit se rendre ! La date du 5 mars est retenue pour la livraison de la citadelle aux Prussiens. Mais le colonel Teyssier fera durer le plaisir : puisque Paris ignorait son existence, lui même ignorera la date décidée à Paris ! Ce n'est donc qu'à partir du 25 mars que la troupe quitte la forteresse. Le colonel Teyssier ne sortira lui-même que le 31, emportant fièrement avec lui le drapeau que la municipalité avait offert à ses irréductibles défenseurs. Ce drapeau ne reviendra à Bitche qu'en 1919, dans les mains du fils du colonel commandant la place en 1870-1871, à l'occasion de la libération de L'Alsace et de la Lorraine.

Une terre marquée par un siècle de rivalité franco-allemande

La citadelle de Bitche servira encore une fois de refuge à la population de Bitche durant les terribles combats qui, durant l'hiver 1944-1945, verront s'affronter les Allemands en retraite et les troupes américaines venues libérer le pays.

En l'espace d'une vie d'homme, la population de la Moselle et de l'Alsace aura changé 4 fois de nationalité. Française avant 1870, elle deviendra allemande de 1870 à 1918, à nouveau française de 1918 à 1940, puis le pays sera une nouvelle fois annexé au Reich allemand (1940-1945) avant de regagner définitivement le giron de la patrie française.

LA CITADELLE DE BITCHE

Un joyau de la fortification bastionnée

La citadelle de Bitche est l'un des plus beaux exemples de fortification bastionnée conservé en France. Le site est d'autant plus intéressant que l'ensemble est magnifiquement conservé et qu'il offre un circuit de découverte parmi les plus intéressants qu'il nous ait été donné de visiter. Même si la citadelle actuelle est une reconstruction améliorée du milieu du XVIIIe siècle, ce sont toujours les éléments édifiés par Vauban entre 1681 et 1687 qui prévalent. Ils donnent une idée assez juste du style de l'architecture militaire du XVIIe siècle, lorsque le ministre de Louis XIV fortifia les nouvelles frontières du royaume de France...

La forteresse est installée sur un plateau de grès rouge haut de 70 mètres, qui se détache nettement dans le paysage environnant et que l'on aperçoit de fort loin. La cité de Bitche s'est développée en rond autour de cette butte qui occupe une position stratégique de premier plan permettant de contrôler les routes des Vosges du Nord.

Mais ce qui fait l'originalité et la spécificité de la forteresse de Bitche, ce sont les incroyables souterrains creusés dans le grès, sous la surface du plateau. Nous en recommandons vivement la visite car ils valent, à eux seuls, le voyage! Vous ne serez pas déçus !

Un accès formidablement défendu !

L'accès au plateau inférieur est défendu par l'enceinte basse, dont le tracé bastionné permet de battre tout le flanc de la colline, sans aucun angle mort. Pour atteindre cette première ligne de défense, l'unique accès est un chemin creux qui longe le pied de la " Grosse Tête ", formidable bastion détaché dont la masse écrasante est percée de multiples embrasures permettant de battre tout le terrain alentour. Autant dire une gageure pour l'assaillant ! On pénètre sur le plateau inférieur par un portail hérissé de grilles, muni d'un pont-levis à bascule qui permet de franchir le premier fossé.

De là, l'accès au plateau supérieur de la citadelle se fait par une très longue rampe ascendante, très joliment pavée, qui s'amorce à l'extrémité est de la fortification et qui longe tout le flanc nord du plateau. Cette rampe est non seulement exposée sur toute sa longueur au feu nourri des défenseurs postés sur la courtine en surplomb, mais battue par le feu de redoutables canonnières disposées en enfilade. La rampe conduit au " tunnel ", long passage souterrain voûté, défendu par un second corps de garde, qui permet d'isoler la place du plateau inférieur, au cas où l'ennemi serait parvenu à s'emparer de l'enceinte basse et du plateau inférieur. L'entrée de ce tunnel, orné d'une magnifique portail décoré aux armes du roi de France, est défendue par une lourde et imposante porte de bois bardée de clous, qui permettait de barricader solidement le passage et d'interdire l'accès vers le plateau supérieur. Les clous couvrant les vantaux du XVIIe siècle étaient destinés à briser le tranchant des haches d'assaut. Puis vient la lourde herse que l'on pouvait abattre en un instant en cas de surprise. Ce n'est qu'une fois franchi ce sombre " tunnel " que l'on débouche enfin dans le corps de la place, au niveau du replat sommital.

Le plateau sommital et la caserne extérieure

Aujourd'hui en grande partie désert, la surface du plateau sommital était jadis occupée par toute une série de bâtiments. Le plus formidable d'entre eux était la caserne extérieure qui occupait le centre de la place et qui pouvait abriter 1200 hommes. Il n'en reste que les fondations car la plupart de ces bâtiments ont été détruits et incendiés lors du pilonnage de la place par les Allemands, au cours du siège de 1870. Seules la poudrière, la chapelle et une partie de l'arsenal ont échappé au déluge de fer et de feu qui s'est abattu durant plusieurs mois sur la citadelle.

Du XVIIe au XIXe siècle, la principale défense de la forteresse reposait sur la puissance de feu des batteries installées à ciel ouvert sur le plateau, qui jouissaient ainsi d'un champ de tir très large et parfaitement dégagé sur la contrée environnante. Leur position, marquée par l'alternance de cavaliers et de traverses, est encore bien visible et en très bon état.

De formidables bastions détachés !

Le point faible de la défense étaient les deux extrémités du plateau, car sa forme allongée ne permettait pas d'y concentrer la même puissance de feu que sur les flancs nord et sud. C'est pourquoi ces deux points sont défendus par d'énormes bastions détachés du corps de la place, la " Grosse Tête " et la " Petite Tête ". Ces bastions sont séparés du plateau par des fossés artificiels très profonds que les défenseurs franchissaient par des caponnières en maçonnerie barrant les deux trouées. Le plus massif est la " Grosse Tête ", avec son impressionnant mur-bouclier dominant l'entrée, mais le plus intéressant demeure la " Petite Tête ", avec son extrémité en éperon. Leur hauteur est d'autant plus impressionnante qu'elle offre des points de vue superbes sur le tracé bastionné des défenses du plateau inférieur.

Les souterrains

Au fil des siècles, les défenseurs ont creusé le grès rouge du plateau et aménagé tout un réseau de galeries et de casemates souterraines dans le socle rocheux qui porte la place, créant ainsi une seconde citadelle souterraine, totalement invisible et à l'épreuve du canon et des bombardements. Cette véritable " ville souterraine ", ajoutée à la positon naturelle très forte du plateau et aux formidables défenses ajoutées par Vauban et ses successeurs, faisaient de Bitche une citadelle imprenable et invulnérable, capable de résister longuement et victorieusement aux attaques les plus féroces et aux bombardements les plus violents. Le long siège que subit la place durant la guerre franco-allemande de 1870 en fit une démonstration magistrale !

C'est pourquoi la place servit souvent de camp retranché à la garnison et d'ultime refuge à la population elle-même.

Les casemates souterraines

Les casemates souterraines abritent toutes les installations nécessaires à la vie, permettant de résister à un long siège. C'est en quelque sorte " le miroir " des installations qui devaient équiper la caserne extérieure. On y trouve une vaste cuisine, une boulangerie souterraine équipée de 4 fours à pain, un abattoir, ainsi que d'impressionnants casernements souterrains permettant de loger la garnison à l'abri des obus et des bombes ! La caserne de la troupe est très vaste mais sombre et d'un confort très spartiate; celle des officiers dispose en revanche de quelques cheminées permettant de " casser " l'humidité de l'air ambiant. On imagine combien cette vie souterraine devait être dure et quelles affreuses privations la garnison a dû endurer durant les longs mois de siège de 1870 !

La salle du puits est particulièrement étonnante : creusé dans la masse de la roche, le puits a, dit-on, près de 100 mètres de profondeur et atteint la nappe phréatique, au niveau de la plaine environnante (jadis très marécageuse). Son diamètre est de 2,5 mètres jusqu'à 70 mètres, avant de se réduire sur les trente derniers mètres. Il permettait à la garnison de s'approvisionner en toute impunité durant les sièges, à l'abri de la mitraille et du feu de l'ennemi ! Les chambres à provision et les greniers souterrains datent de Vauban ; ils étaient équipés de planchers flottants mobiles suspendus par un ingénieux systèmes de cordages et de poulies : les réserves étaient ainsi hors de portée des rongeurs. Dix de ces pièces existaient sous le roc ; elles furent plus tard transformées en hôpital. L'installation la plus impressionnante demeure toutefois l'écurie et l'étable souterraine qui permettait d'abriter cinquante têtes de gros bétail. Les mangeoires sont directement taillées dans le roc, comme d'ailleurs les sombres galeries de liaison reliant cette étonnante forteresse souterraine !

La ceinture fortifiée extérieure

Au milieu du XIXe siècle, la défense de la place fut renforcée par une ceinture fortifié de 3km de longueur construite entre 1846 et 1852. Cette ceinture extérieure était défendue par 4 bastions détachés abritant des batteries d'artillerie. Le plus important est le Fortin Saint-Sébastien, situé au nord-est de la citadelle et qui protégeait le camp retranché de 1200 hommes établi à son pied. Après 1872, les Prussiens déclassèrent le fort ; les remparts et les portes furent rasés, sous le motif qu'ils nuisaient au développement urbain !

Le terrible siège de 1870

La forteresse de Bitche avait résisté en 1793 au fameux " coup de main " des Prussiens, aux Cosaques russes en 1814, aux troupes des Coalisés en 1815, mais l'événement majeur de son histoire militaire s'est déroulé pendant la guerre franco-allemande de 1870. Sous les ordres du commandant Teyssier, la garnison française opposa une résistance acharnée aux troupes bavaroises, supérieures en nombre et en matériel. Le féroce pilonnage de la place par l'artillerie allemande détruisit totalement la ville et rasa tous les bâtiments de la caserne extérieure situés sur le plateau sommital de la citadelle. Mais ce fut en vain !

Réfugiés dans les souterrains, la garnison offrit une résistance farouche et refusa de se rendre aux envahisseurs. Après un terrible siège de 230 jours qui dura plus long que la guerre elle-même, Teyssier n'accepta de rendre la place que sur l'injonction expresse du gouvernement français. Bitche fut ainsi la dernière place évacuée, deux mois après l'entrée en vigueur de l'armistice ! Les combattants sortirent les armes à la main et drapeau en tête, fiers d'avoir résisté victorieusement si longuement.

 
 

          
  
Association Fort de Litroz - J.-C. Moret©   2002 - 2017