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[m14]           

  Le Pog de Montségur

Château cathare (Ariège)

De toutes les citadelles du vertige, celle de Montségur est sans doute la plus mythique et la plus célèbre. C’est aussi la plus chargée émotionnellement et la plus lourde d’histoire, car c’est ici que la tragédie cathare connut son paroxysme le mercredi 16 mars 1244: environ 200 Cathares périrent au pied du pog, brûlés vifs dans un bûcher collectif, à l’issue d’un long siège hivernal qui aboutit à la reddition de la « citadelle de Satan », comme l’appelaient les Croisés et l’Inquisition…

Le château

Situé à 1200 m d’altitude, le nid d’aigle de Montségur est perché sur un éperon isolé qui se dresse d’un seul jet, environné de toute part par le précipice. On ne l’aperçoit qu’au dernier moment, au détour d’un virage, lorsqu’on débouche soudain sur le col du Tremblement, en venant de l’ouest. Entouré par l’abîme, sa silhouette épurée s’impose d’emblée et frappe l’imagination par sa situation très forte, quasi inexpugnable... Figé dans son immobilité sur le ciel bleu azur, le château se dresse comme un étrange cercueil de pierre blanc, nu, vide, presque irréel, tel un navire de pierre échoué par le temps au sommet de ce sommet aride... Il comporte uniquement une cour triangulaire, très allongée, solidaire d’un donjon rectangulaire dont il ne reste que le rez-de-chaussée et les murs du premier étage, si tant est qu’il fut jamais plus élevé. Au sol, des traces indiquent l’existence de corps de bâtiments disparus, jadis adossés aux courtines. Ce qui surprend lorsqu’on parvient au pied de ses murailles, c’est l’absence de tout aménagement défensif et le caractère très dépouillé de cette coquille vide, balayée par les vents. Les murailles ne comportent presque aucun appareil militaire. Montségur est un exemple exceptionnel d’enceinte totalement dépourvue d’archère et de tours, et qui s’ouvre de surcroît par deux portes dépourvues de protection. L’entrée principale, d’assez grande dimension, ne possédait pas de herse, et on ne trouve aucun vestige d’un ouvrage avancé, d’une bretèche ou d’une chicane. Ce qui frappe également, c’est l’épaisseur incroyable du mur bouclier oriental qui mesure plus de 4 mètres et dont le sommet, pourvu de longues rainures transversales, devait supporter une plate-forme de bois débordante vers l’extérieur. Peut-être faut-il y voir une conséquence du siège de 1243-44 qui avait montré le caractère exposé de ce côté du château, au cas où l’assaillant parviendrait à prendre pied sur l’arête et à construire une machine de siège, comme le firent les Croisés… Disons le d’emblée, le château actuel n’a jamais connu les Cathares : il est postérieur de quelques décennies aux événements dramatiques cités plus haut et a été construit à la fin du XIIIe siècle sur l’emplacement du château primitif. C’est ce château primitif (castrum) qui servit de principale citadelle aux Cathares et qui fut assiégé par les Croisés durant le terrible hiver 1243-44. De ce castrum qui occupait jadis tout le sommet du pog, il ne reste que de rares vestiges et quelques terrasses de pierres sèches envahies par la végétation, étagées tout autour du château actuel.

Le siège de Montségur (hiver 1243-44)

On peut s’étonner que la Croisade n’ait pas essayé d’abattre ce nid d’aigle dès le début. Lorsque les Seigneurs du nord déferlèrent sur le Midi occitan en 1209, Montségur constituait déjà depuis longtemps un repaire de l’hérésie cathare. Durant plusieurs décennies, la petite communauté d’hérétiques réfugiée sur le « pog » vécut pourtant en paix, comme oubliée, tandis que l’Inquisition mettait à feu et à sang le reste du Languedoc, de Béziers à Carcassonne, de Minerve à Fanjeaux… Tout bascula en mai 1242, lorsque les occupants de Montségur lancèrent une opération coup-de-poing contre les Inquisiteurs qui venaient d’établir leur tribunal à Avignonet, entre Toulouse et Castelnaudary, dans le but de les assassiner. Un commando d’une soixantaine d’hommes quitta discrètement le repaire de Montségur. Douze d’entre eux, armés de haches, s’introduisirent de nuit dans Avignonet grâce à des complicités locales et massacrèrent les Inquisiteurs à la faveur de l’obscurité. Ils étaient commandés par le chef de la garnison de Montségur, le seigneur « faydit » Pierre Roger de Mirepoix qui, dit-on, s’était promis de faire une coupe avec le crâne du frère inquisiteur Guillaume Arnaud… C’est en réponse à cet acte barbare que l’église catholique déclencha une vaste opération militaire visant à détruire la « synagogue de Satan » et à s’emparer du principal nid de résistance de l’hérésie cathare. En 1243, une armée comprenant 6000 hommes d’armes prit position au pied du rocher de Montségur, sous la conduite d’Hugues des Arcis, sénéchal de Carcassonne, et de Pierre Amiel, archevêque de Narbonne.

Les Croisés prennent pied sur le versant du Pog

Le siège dura dix mois. Il fut entrecoupé d’escarmouches meurtrières qui eurent sans doute pour théâtre les pentes méridionales du « pog », seules accessibles à pied et en armes, là ou grimpe le sentier actuel. Mais les Croisés n’aboutirent à rien. Montségur résistait farouchement, invaincue, et les Croisés désespéraient de pouvoir réduire le nid d’aigle. Une ultime tentative désespérée fut alors, entreprise en novembre 1243, avant l’arrivée de la mauvaise saison. Les attaques par le front sud n’ayant mené à rien, les Croisés décidèrent cette fois de tenter d’approcher le sommet du « pog » par la ruse, en gravissant l’arête orientale constituée d’à pics vertigineux. L’opération était délicate et hasardeuse car, outre le parcours très accidenté, cet itinéraire détourné était contrôlé par une tour isolée postée à l’extrémité orientale de l’arête, en contrebas du château, au lieu-dit « Roc de La Tour ». La mission fut confiée à un petit commando de montagnards gascons, volontaires et rompu à l’escalade. Se faufilant par les précipices sous le couvert de la végétation, ils réussirent à se hisser au pied de la tour et à surprendre le petit détachement surveillant le passage, qui fut entièrement massacré. Puis, les Gascons gagnèrent le haut du « pog », à proximité directe de la barbacane orientale du château. De violents combats s’engagèrent alors pour les refouler, mais tous les efforts des assiégés pour les déloger furent vains…

Les deux camps se pilonnent à coups de machines de guerre

La situation du « castrum » de Montségur s’aggrava alors rapidement avec l’arrivée en renfort, dans le camp des Croisés, de l’évêque d’Albi Durand, qui, outre sa qualité de prélat, était un expert dans l’art des machines de siège. Les assaillants ne tardèrent guère à ériger sur le « pog » un trébuchet, à l’endroit même où les audacieux Gascons avaient pris pied. L’engin fut sans doute hissé depuis le fond de la vallée en pièces détachées, par cette voie abrupte qu’avaient empruntés les soldats le long de la falaise et dont le point d’arrivée se nomme encore aujourd’hui « le Pas du Trébuchet ». Sitôt installée, la machine se mit à pilonner la barbacane orientale du château, toute proche. Les assiégés tentèrent de la détruire, mais ce fut en vain. La lutte devenait franchement inégale lorsque les Cathares virent arriver un homme précieux qui réussit mystérieusement à franchir les lignes ennemies : Bertrand de la Beccalaria, originaire de Capdenac, qui était lui aussi ingénieur en machines de siège. Une catapulte fut donc installée à la barbacane, sur le front oriental du château, pour contrebattre la machine de guerre des Croisés et tenter de la détruire. Mais cet espoir fit long feu.

La chute de la barbacane orientale

Une nuit de janvier 1244, la situation se renversa brusquement. Au terme d’une périlleuse escalade nocturne par la paroi dominant le précipice, un commando d’assaillants réussit à prendre pied sur la crête sommitale, aux abords immédiats de la barbacane. L’alerte n’avait pas encore été donnée au château que les défenseurs de la barbacane, attaqués par surprise, étaient égorgés. Les hommes installés au « Pas du Trébuchet » occupèrent alors la fortification. Montségur venait de perdre son unique point d’appui défensif, et les assiégeants se trouvaient désormais aux abords immédiats de la forteresse sommitale. Guillaume de Puylaurens raconte que lorsque l’aube se leva, les soldats qui avaient escaladé la falaise pour s’emparer de la barbacane furent effrayés de leur propre audace lorsqu’ils découvrirent le précipice vertigineux qu’ils avaient franchi à la faveur des ténèbres. Rapidement, les assaillants installèrent une catapulte géante à peu de distance de la forteresse, du côté de son angle nord-est. Ils purent ainsi commencer à pilonner le château à bout portant, ébranlant ses murailles, écrasant les toitures sous des boulets pesants jusqu’à 50 kg. Une partie de ces boulets de pierre grossièrement équarris, restés non utilisés à l’issue de la reddition de la place, sont demeurés sur place, au nord-est du château actuel, abandonnés là où ils avaient été entassés…

La fin du repaire de Montségur

Le 1er ou le 2 mars, minés par ce pilonnage intensif, par l’hiver rigoureux et par 10 longs mois de siège, les défenseurs, désespérés, entrèrent en pourparlers avec le sénéchal du roi. On s’entendit sur les clauses de la capitulation et une trêve de quinze jours fut proclamée, à l’issue de laquelle le château serait remis aux Croisés. Les réfugiés obtiendraient le pardon de l’Eglise mais les Cathares qui refuseraient d’abjurer l’hérésie seraient purement et simplement livrés aux flammes. Tous les autres, ainsi que les hommes d’armes, auraient la vie sauve et pourraient quitter librement le castrum, à condition de comparaître devant l’Inquisition, de se confesser, et de répondre à toutes les questions qui leur seraient posées...

Le bûcher

Le 16 mars, comme convenu, le château se rendit et les Cathares qui refusèrent d’abjurer descendirent du « pog » en une longue procession. Les Croisés avaient dressé un grand bûcher au pied même de la montagne, là où s’amorce le sentier actuel. Du bois et des branchages avaient été empilés, ceinturés par une palissade, sur le champ qui porte depuis lors le nom de Prats des Cramats (pré des brûlés). Deux cents quinze hérétiques, hommes, femmes et vieillards, y périrent dans les flammes, après avoir refusé de renier leur foi et de se convertir au Catholicisme. Les blessés, les malades et les impotents furent basculés dans le brasier par-dessus la palissade, avec les grabats ou les civières qui les supportaient… Le 17, l’armée des Croisés prit officiellement possession du « castrum » qui fut remis à Guy II de Lévis, lequel fit hommage au roi de France. Quelques années plus tard, celui-ci fit raser la citadelle et construisit le château actuel sur la partie centrale de l’ancien castrum…

La mystérieuse évasion du « trésor » cathare

Dans la nuit qui précéda le bûcher (nuit du 15 au 16 mars), trois hérétiques, Amiel Aicard, Poitevin et Hugo, s’évadèrent in extremis et secrètement de la citadelle assiégée, à la faveur de l’obscurité et avec l’accord de la hiérarchie cathare. Après avoir été cachés dans une cavité du roc, ils furent descendus au moyen de cordes le long de la vertigineuse face nord du « pog » et s’évaporèrent dans la nature. Ils emportaient avec eux le « secret » le plus précieux des Cathares dans le but de le soustraire définitivement à l’Eglise catholique. La nature de ce « secret », auxquels les Cathares attachaient un tel prix demeure aujourd’hui encore un grand mystère et continue à faire couler beaucoup d’encres. L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agissait d’un « trésor spirituel », de manuscrits, car on voit mal nos trois compères descendre la falaise au bout de cordes avec un lourd et encombrant fardeau. Mais que contenaient ces manuscrits? Nul ne le sait et les hypothèses les plus diverses ont été proposées. Certains parlent d’une sorte de « bible » cathare, d’un recueil de textes sacrés manichéens; d’autres parlent d’un terrible secret qui, s’il était dévoilé, minerait les fondements de l’église catholique. Certains vont même jusqu’à évoquer des manuscrits indiquant que Jésus n’est pas mort sur la croix, qu’il fut l’époux de Marie-Madeleine et qu’il eut de celle-ci une descendance qui aurait fait souche dans le midi de la France. Ce ne sont que là que des hypothèses gratuites, car nous ne saurons probablement jamais quel était ce bien si précieux que les Cathares ne voulaient pas voir tomber entre les mains de l’Eglise… Ce qui est sur, c’est qu’il ne s’agissait par du trésor matériel des assiégés, car celui-ci avait déjà été évacués de la citadelle vers Noël, pendant le siège, par un certain Matheus et un dénommé Bonnet qui avaient exfiltrés du château de l’or, de l’argent et une grande quantité de monnaie. Ce « trésor » fut transporté ensuite discrètement dans le Sabarthès, en un lieu inconnus appartenant à Pons-Arnaud de Castelverdun, peut-être la grotte fortifiée d’Ornolac, puis évacué en tout ou partie sur le château d’Usson, dans la haute vallée encaissée de l’Aude. On perd ensuite sa trace...

 
 

          
  
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